Peuple ouighour : les oubliés de Chine

Si la cause tibétaine concentre en ce moment toute l’attention, il ne faudrait pas pour autant penser que la République Populaire de Chine n’exerce sa répression que sur une ethnie en particulier. La politique chinoise d’assimilation et de répression frappe peu ou prou toutes les minorités du vaste pays.

Petit point sur le sort du peuple ouighour, une des minorités ethniques les plus importantes de la République Populaire de Chine. Etrangement, elle ne suscite que bien peu l’intérêt de la communauté internationale…


  • L’ethnie ouighour
    Issus d’un peuple nomade, les Ding-Lings, qui arpentaient les steppes mogols plusieurs siècle avant J-C, les Ouighours se sédentarisent au 9ème siècle de notre ère dans l’ouest de la Chine actuelle (à la frontière avec le Kazakhstan). D’abord bouddhistes puis nestoriens, ils se convertissent à l’Islam au début du 10ème siècle. Aujourd’hui, le peuple Ouighour compte près de 9 millions d’habitants, apparentés aux ethnies centrasiatiques avec lesquelles il partage une grande partie de sa culture. La population se concentre essentiellement dans la Région Autonome Ouighour du Xinjiang.
  • Histoire de la terre ouighour
    Le Royaume ouighour demeure indépendant jusqu’en 1759, date de la conquête manchoue, armée qui sera chassée en 1863 et qui reprendra le territoire en 1884, le rebaptisant Xinjiang (« nouveau territoire » en Chinois). Alors que le dernier empereur chinois est renversé en 1911, le Xinjiang demeure intégré à la République de Chine. Après un nouveau soulèvement contre l’autorité chinoise, les Ouighours obtiennent leur indépendance en 1933 : la République islamique du Turkestan oriental est proclamée… puis renversée par l’armée soviétique. En 1944, un dernier soulèvement permet aux Ouighours d’administrer leur région de manière semi-autonome. Tolérée par le Guomindang (parti national chinois du peuple), le Turkestan Oriental, qui reprendra le nom de Xinjiang, est définitivement rattaché à la Chine en 1949 avec la victoire des communistes sur le Guomindang.
  • Aspiration à l’autonomie
    Les Ouighours aspirent à l’autonomie depuis de 18ème siècle, mais l’avènement du parti communiste a accentué le désir d’indépendance face à un pouvoir qui renforce la répression à l’égard des militants politiques et religieux. L’effondrement de l’Union Soviétique et l’accession à l’indépendance des populations turcophones d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan et Turkménistan), a par ailleurs renforcé les velléités indépendantistes des Ouighours ces dernières années.
  • Entre assimilation…
    L’assimilation de la population se fait essentiellement par une colonisation massive du territoire par les Han (l’ethnie majoritaire en Chine). Aujourd’hui des millions de Han s’installent dans la région du Xinjiang trustant les postes à responsabilités. D’ici peu les Ouighours pourraient bien s’avérer une ethnie minoritaire sur leurs terres, ce qui exacerbe les tensions communautaires.
  • …et répression
    En 1997, à la veille du Ramadan, trente dignitaires religieux sont arrêtés par la police à Ghulja. Des centaines de Ouïghours descendent alors dans la rue pour réclamer leur libération. Les manifestants sont dispersés avec brutalité par la police. Le lendemain, une nouvelle manifestation a lieu, cette fois la police tire sur les manifestants, faisant 167 morts, 5 000 personnes accusées de vouloir « disperser la patrie » et de mener « une activité criminelle et fondamentaliste religieuse » sont arrêtées. Pour l’exemple, le gouvernement chinois exécutera publiquement sept Ouïghours. Face à la protestation de la foule, la police ouvre à nouveau le feu faisant neuf nouvelles victimes.
  • Quel avenir ?
    Plus récemment, les attentats du 11 septembre 2001 ont donné l’occasion aux autorités chinoises d’accentuer la répression sur le peuple ouighour avec l’aval de la communauté internationale. En effet, les velléités des indépendantistes vont de paire avec l’essor d’un Islam qui a gagné en radicalisme ces vingt dernières années. Sur le modèle de l’Afghanistan (dont les Talibans ont chassé l’occupant Soviétique en 1989), les Ouighours se rebellent chaque jour un peu plus contre la politique coloniale chinoise et ils hésitent de moins en moins à recourir à la violence et aux attaques dites « terroristes » contre les intérêts chinois.


Ah oui, j’oubliais : le Xinjiang est une des régions de Chine les plus riches en ressources naturelles (elle renferme les plus importantes réserves de pétrole et de gaz naturel de l’Empire chinois)… mais cela n’a évidemment aucune rapport avec le reste…


Crédit photo : www.lesdeuxvoyageurs.com

Posted by Mehdi

2 avis !
Et vous, qu'en pensez-vous ?:

At 17 avril, 2008 rana said...

Excellent billet ! merci

 
At 17 avril, 2008 M a n u said...

- Les Mongols à distance.

Un intellectuel de la république de Mongolie dresse un parallèlle prudent des situations des peuples tibétain et mongol face à la Chine.

En mars 1959, la république populaire de Chine prenait le Tibet par les armes et le colonisait. En mars 2008, Pékin a envoyé l'armée pour réprimer les émeutes survenues à la suite des manifestations célébrant l'anniversaire du soulèvement de 1959. On ne dispose d'aucun moyen de savoir ce qui se passe à Lhassa, la capitale du Tibet. La police et l'armée chinoise ont bloqué les routes pour empêcher les journalistes de rendre compte des évènements [un voyage de presse très encadré a tout de même eu lieu le 26 mars]. Cra, des le début des manifestations, les autorités chinoises ont réaffirmé que "le Tibet ne quitterait pas la Chine".

Plusieurs documents historiques attestent que Mongols et Tibétains sez sont toujours mutuelllement entraidés et protégés depuis que la religion tibétaine s'est implantée en Mongolie [au XVIe siècle]. Plusieurs guerriers mongols,représentants à la fois des régions d'éleveurs et de chasseurs, ont pris les Tibétains sous leur protection. Malheurteusement, au pied de l'océan de Glace, pris sous la tutelle du "grand frère" [russe, dès les années 1920], les Mongols se sont radicelement éloignés des Tibétains, qui sont passés sous le contrôle de la masse "citoyenne" [la Chine, à partir de 1950]. Le sens des manifestations organisées devant l'ambassade de Chine, à Oulan-Bator, est à chercher dans l'union religieuse entre deux peuples, en vertu de laquelle les aînés protègent leur cadets.

De notre point de vue, il n' y a pas d'urgence à entamer un conflit avec laChine [un rassemblement de la nation mongole, divisée entre la république de Mongolie et la région autonome de Mongolie-Intérieure, chinoise, auquel certains aspirent, est encore prématuré]. Nos deux pays ont entendu la volonté d'apaisement des membres de l'ONU. Il n'y aura pas de débat sur la question des frontières [entre la Mongolie et la Chine, ni entre la Chine et le Tibet]. Il est préférable de commencer à chercher la prochaine réincarnation du dalaï-lama. Bien entendu, on peut s'inquiéter de ce qui passera après l'élévation du dalaï-lama, avec sa nouvelle réincarnation. Comme le disait une mère russe dont le fils est mort en Afghanistan : "En quoi le problème des barbus afghans nous concerne-t-il?" La question se pose de la même manière pour la Mongolie et le Tibet, qui n'ont aujourd'hui plus rien en commun [si ce n'est une religion et son église, quatre siècle d'histoire, de nombreuses traditions et la présence chinoise sur leurs territoires respectifs]

onoodor.com (extraits)


- Solidarité. Les Ouïgours descendent dans la rue.

A l'appel de Rebiya Kadeer [ancienne chef d'entreprise ouïgoure, condamnée à 8 années de prison en 1999 pour "divulgation de secrets d'Etat" et désormais réfugiée aux Etats-Unis], chef de file du mouvement national du Turkestan oriental, les orgainsations ouïgoures, implantées dans le monde entier, ont condamné la répression menée au Tibet et exprimé leur solidarité avec le peuple du Tibet. C'est ainsi que le 18 mars l'Union d'Europe pour le Turkestan oriental et les organisations tibétaines ont manifesté ensemble à Munich. Les manifestants ouïgiours brandissaient des banderolles sur lesquelles on pouvait lire des slogans condamnant la répression chinoise au Tibet. Ils portaient des drapreaux (bleu ciel, avec une lune et une étoile) du Turkestan oriental [officiellement région autonome ouïgoures du Xinjiang], mais aussi des panneaux dénonçant les jeux olympiques de Pékin. "Au nom du peuple du Turkestan oriental, nous affirmons notre soutien au combat pour le droit du peuple tibétain et notre solidarité avec ce peuple. Nous soutiendrons les actions du mouvement tibétain et celles qui celles qui seront conduites avec la population. Nous espérons ainsi contribuer à l'expression du mopuvement national ouïgour", a lancé Rebiya Kadeer.

uygur.org Munich

Source : Courrier International

 

Enregistrer un commentaire